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JACQUES PERCONTE

paysages, corps, couleurs, matières, vitesses en arts plastiques, en numérique.

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film

200706UIS-FLM1xN-oe?63

UISHET (SANS TITRE N°5)

Musique : Isabelle Silvagnoli

Producteur(s) : Jacques Perconte

Fichier numérique

Par une matinée ensoleillée au mois de mai 2005 dans les Landes sur le courant d'Huchet entre l'embouchure et l'île du pas-du-loup je tourne un film qui sera comme ceux de la série un voyage naturaliste vers l'abstraction…

Édité en DVD, sur le numéro spécial de la Petite Collection de Bref, en avril 2016 :
Côté court, 25 ans sans concessions. Chalet Pointu

On a bright morning in May 2005 in Landes on the current of Huchet, between the river mouth and the "pas-du-loup" island, I shot a movie which will be like those of the series of naturalistic journeys towards abstraction... Along the current, the boatman leads us under the trees into the wildelife reserve's heart. The sun sticks the shadows of the flora onto the water. As we approach the banks, the elements of the flora stir from time to time. Nature and the image show themselves by impulse between the tall grass and the trees. The color begins to show itself. And then, rather fast, it is the whole landscape is transformed pixel by pixel to the rhythm of the compression’s spasms. The colors change, everything begins to merge and to become abundant: trees, leaves, branches. Following the current, we put down the oars and... black. We are discovering what has just shown itself: the black is torn towards red, pink, purple, yellow and green... we find the current again, so quiet and peaceful. Rocked by the forest and its musical sounds, on the shivering water, it is the image which enchants us. It pierces the environment as if we could see magic composing shapes. Vivid colors, corresponding to another logic, work and expose themselves from green to pink. The sky is transformed, the image paints itself. Little by little, all the tones turn yellow.

Le site internet du projet http://uishet.technart.fr...
Une vidéo-document de uishet (sans titre n°5) peut être consultée.
Quelques images de la pièce sur flickr → uishet (sans titre n°5).
Toute l'histoire en images sur flickr:s : n°1, n°2.

Par une matinée ensoleillée au mois de mai 2005 dans les Landes sur le courant d'Huchet entre l'embouchure et l'île du pas-du-loup, le batelier nous conduit sous les arbres au cœur de la réserve naturelle. Le soleil plaque les ombres de la flore sur l'eau. Au fur et à mesure que l'on s'approche des berges, les éléments de la flore s'agitent par petites touches. La nature et l'image se révèlent par impulsions dans les hautes herbes et les arbres. La couleur commence à se manifester. Et puis assez vite s'est tout le paysage qui se transforme pixel par pixel au rythme des spasmes de la compression, les couleurs changent, tout se complexifie, les arbres, les feuilles, les branches, tout se mélange et se met à foisonner. On arrive au courant, là où il y a les premiers écueils, on pose les rames et … noir.

On est à la rencontre de ce qui vient de se manifester, le noir se déchire bloc par bloc de rouge, roses, pourpres, violets, jaunes et verts on retrouve le courant, si calme et si paisible. Bercés par la forêt et ses chants, sur les frémissements de l'eau qui coule et nous emmène doucement, c'est l'image qui nous enchante, elle perce le décor, comme si on pouvait voir la magie qui compose les formes. Encore plus vivace et répondant à une autre logique, les couleurs se travaillent et s'exposent du vert vers le rose. Le ciel se transforme, l'image se peint. Et petit à petit tous les tons tournent au jaune.

par Damien Marguet, images de l'invisible, septembre 2008 (extrait)

J’aimerais maintenant parler d’un film intitulé Uishet, réalisé par Jacques Perconte entre 2005 et 2007, et qui relève, me semble-t-il d’une démarche similaire. L’artiste s’intéresse encore et toujours à la façon dont les images sont produites par la machine. Il n’est plus question d’agir sur leur composition, comme c’est le cas dans I love you, mais sur leur définition. C’est en faisant appel à des interprétations aberrantes de l’information par des logiciels de compression, en les fixant et en les superposant, que Jacques Perconte élabore ses créations filmiques : ‟ Je filme un paysage puis je l’encode de diverses façons (3ivx, divx, xvid…) en réglant l’image de manière à faire ressortir des aberrations formelles dues à la compression. Je travaille l’image en compositing pour mettre en relation ces déformations avec l’image originale. Je peins ces formes, je les insère dans le paysage. Elles lui sont liées par essence. ” C’est donc en demandant à des programmes d’interpréter de façon outrancière ce qui fut capté et interprété normativement par la caméra lors du tournage que le plasticien parvient à rendre compte d’un paysage. La ‟ réalité ” du courant d’Huchet, faisant défaut à l’enregistrement original, nous est restituée au moyen d’impressions ‟ virtuelles ”, générées par erreur et accumulées au sein d’une même image.

Nombre de commentateurs se sont intéressés à la matérialité d’Uishet. Le film nous place face à des phénomènes que nous connaissons (pixellisation, scintillement, saturation) mais que nous avons l’habitude de prendre pour des scories perturbant notre vision. Elles participent ici d’une esthétique, elles concourent à la beauté de l’oeuvre. Cette matière (vidéo ? numérique ?) enfin découverte, on ne peut s’empêcher de rapprocher ce travail des pratiques expérimentales sur pellicule, voir de la peinture, ce que l’artiste revendique au demeurant. De fait, Uishet s’annonce comme film, comme expérience de cinéma à part entière. Sa structure (plusieurs longs travellings réalisés à partir d’une barque dérivant sur l’eau) n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des premiers documents cinématographiques. Mais Uishet n’est ni un document ni un témoignage, son espace conjugue des temporalités distinctes dont les écarts sont rendus visibles : retards d’une zone sur une autre par exemple, ou différences de couleur. À l’intérieur d’une même image, on peut ainsi distinguer plusieurs vitesses qu’il est impossible de rapporter à l’enregistrement initial ou aux nombreux traitements qu’il a subis. Les images ne se succèdent pas, elles s’entrelacent comme les branches, les feuillages bordant le torrent d’Huchet. On peut ainsi comprendre Uishet comme métaphore de lui-même : le film est un courant d’informations sur lequel dérive l’artiste, ses interventions sont des coups de rame qui n’agissent pas sur le flux mais qui orientent la navigation, la ralentissent ou l’accélèrent. Un paysage, un mouvement réel donnent lieu à un paysage et à un mouvement virtuels. Leur rapport, de l’ordre de l’invisible, définit désormais l’espace de la représentation.

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Pour une théorie du flou au cinéma, de Bidhan Jacobs, doctorant en études cinématographiques, Université Paris I î Panthéon Sorbonne.prefigurations / Octobre-Novembre 2007 (extrait)

[...] Enfin, Jacques Perconte, artiste français contemporain, a développé tout un ensemble de techniques détournant et dépassant les logiciels d’encodage et d’effets spéciaux afin de traiter les images brutes obtenues avec sa caméra DV. Au rebours de l’industrie qui cherche à réduire le fichier du film tout en conservant une qualité optimale des images de manière à ce qu’il puisse, par exemple, être lu sur un DVD, J. Perconte cherche au contraire à pousser au maximum les possibilités des logiciels de compression pour exploiter un type très particulier de flou. Uishet (2005- 2007) en est l’aboutissement. Par compressions successives, il interprète l’image originale (un lent travelling avant sur le courant d’Huchet), en la déstructurant, en faisant surgir d’abord quelques éléments de couleur (carrés, pixels) dans et autour des herbes, des buissons et des arbres longeant les rives de la rivière, puis des formes et des masses compactes et abstraites ; ce paysage proprement numérique, qui était comme latent dans les images brutes, charge,remplace, se superpose ou se glisse au sein des formes originales.

Ces trois catégories de gestes expérimentaux radicaux nous semblent pertinentes dans la mesure où elles permettent de regrouper de manière cohérente des artistes qui ne l’ont encore jamais été et de proposer une autre histoire des formes articulant des réflexions d’ordre techniques et esthétiques. Chaque geste peut aboutir à la même catégorie de formes plastiques radicales ou au contraire dériver vers d’autres catégories. Si la validité de ces catégories n’est pas encore totale, la fécondité de cette approche du flou comme démarche et phénomène est elle démontrée. [...]

extrait de 3) signaux numériques et dépassement des limites des logiciels

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Sur Objectif Cinéma, par Raphaël Bassan, critique de cinéma, cinéaste et écrivain, spécialiste de l’expérimental, mai 2007

[...] Uishet. Le spectacle est saisissant. Un bref trajet géographique nous conduit du lac de Léon à une traverse annexe : le courant d’Huchet. Les images, d’abord filmées, puis ouvragées avec des logiciels sophistiqués, proposent un travail très rigoureux sur les pixels. Chaque étape du voyage brouille les contours naturels des lieux pour aboutir à des tableaux d’incrustations visuelles. Perconte se coltine, durant des mois, comme un artisan, au matériau qu’on pourrait croire immatériel (le numérique !), mais qui présente pour l’artiste les mêmes résistances que la toile ou l’argentique. D’ailleurs, Perconte qualifie toujours ses créations de films.[...]

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par isabelle Silvagnoli, janvier 2007

Vous allez regarder le travail de Jacques Perconte. Dès que j’ai vu ses films je les ai trouvés extraordinaires. On aurait dit des tableaux de Monet animés. L’utilisation d’une technique avancée, ordinateur puissant, calculs infernaux ne sont là que pour servir l’oeuvre, utilisé comme outil et non comme fin il pousse à chaque fois la technologie jusqu’à sa limite. La création est sensible, vibrante et pleine de vie, sa vie…

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par Marie-Josèphe Jasson, Professeur d’arts plastiques, Lycée Notre-Dame de Sion, Paris

Uishet…quelques coups de rames…un courant insaisissable…Jacques Perconte nous emmène dans un voyage improbable…Nous nous laissons guider sur les lignes du paysage, émerveillés par une matière picturales pixellisée en mouvement. Dans ce mirage de lumière et de couleurs, durant quelques minutes, pour nous, le temps s’arrête…halte paisible au coeur d’un univers onirique…

Uishet ? Quel genre ? Un paysage…romantico réaliste, quelques touches d’impressionnisme, le tout filmé…mixé…broyé… Jacques Perconte nous propose un voyage enchanteur, un mirage de lumière et de couleurs dans lequel, petit à petit, les lignes s’estompent. Nous nous laissons emporter le long du courant pour le plus grand bonheur de nos sens….Pour nous le temps s’est arrêté…

Diffusions, expositions (beta) :

  • 2015 : Le 9 décembre : Jacques Perconte et Etienne Caire : Métamorphoses, Altérations, matières, hasard et logique des images entre argentique et numérique, 14h30/17h30, Rencontre, ICM, Université de Grenoble, Amphithéâtre Bernard Montergnole, Grenoble, fr
  • 2015 : du 29 octobre au 2 novembre, la Mostra Invideo fait un focus sur mes films à Milan, à la cinémathèque et à l’institut français., Mlaino, it.
  • 2015 : Le 1er avril, rencontre à l'Ecole Supérieure d'Art du Havre, à 14h, le Havre, fr
  • 2015 : Le 6 février à 21h30, Soleils, dernière séance du cycle soleils, La région Centrale avec/après Michael Snow, Cinémathèque française, Paris, fr
  • 2013 : Du 10 au 13 septembre, Impressions, uishet et Après le feu au Lightcone Preview show 2013, les voûtes, Paris *
  • 2013 : Le 7 juin à 20h, le 8 à 22h et le 9 à 17h, Focus Jacques Perconte (20 films) Festival Côté Court, Pantin, fr
  • 2013 : mercredi 6 février, Master-Class à l'Institut National d'Histoire de l'Art, Paris
  • 2011 : Alphabétaville m'invite avec Bidhan Jacobs pour présenter le Cinéma critique, le 7 à avril 18H30, au Petit Théâtre, La Friche La Belle de Mai, Marseille
  • 2011 : Le lundi 7 mars (17h), rencontre à l'école des Beaux-Arts de Rennes, sur l'invitation de Reynald Drouhin
  • 2010 : Paysages/Landscapes du 18 au 28 novembre, 10ème édition du festival accès(s) cultures électroniques, Pau
  • 2010 : Le 3 juillet projections Paysages, Corps et Vibrations à 20h l'ETNA, Paris
  • 2008 : le 20 juin, au fil des paysages, projection privée, Paris*
  • 2008 : le 17 janvier à 20h, Images Couleurs et Mouvements, Cinéma Jean Eustache, Pessac
  • 2007 : Le 27 juin, 15h, tectoniquepremier mouvementavec Hugo Verlinde, Institut National de l'Histoire de l'Art, Paris, s: Bidhan Jacobs.
  • Cette pièce fait partie d'une série. La plupart du temps une série s'attache à un paysage, à une région. Il y a une certaine unité géographique.
    COURANT D'HUCHET

    UISHET

    2012

     VIDEO 

    UISHET (SANS TITRE N°2)

    2005

     FILM 

    * Il se peut qu'il y ait un mot de passe si le film n'est pas est encore fini ou en "exploitation", écrivez-moi, on ne sait jamais, je vous le passerai peut-être ;).
    ** Il me semble toujours utile de rappeler que ces images, ces vidéos, ces sons que vous trouvez ici sont des documents. Il exposent ce que les pièces représentent. Mais ils ne donnent pas accès à sa véritable expérience. Rien ne vaut, si elle vous plaisent, leur découverte in situ, en salle ou en exposition.

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