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JACQUES PERCONTE

paysages, corps, couleurs, matières, vitesses en arts plastiques, en numérique.

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film

200909SAT-FLM1xN-oe?30

SATYAGRAHA, सत्याग्रह

Musique : Simonluca Laitempergher

Fichier numérique

Quel monde voulons-nous construire. Se film ne donne pas de leçon, il n'explique pas, il ouvre un espace sensible et y glisse la question.

La Satyagraha (from Sanskrit सत्याग्रह) or "the embrace of truth" (satya = the truth, agraha = seized) is the principle of nonviolence which can be accomplish by civil disobedience, established by Mohandas Karamchand Gandhi. What has become of Gandhi's values today? What kind of world do we want to build? This film doesn't attempt to teach a lesson, nor does it try to find an answer, it opens up a space of sensibility in which the question appears.

Le site internet du projet http://satyagraha.technart.net...
Une série de vidéo-documents de Satyagraha, सत्याग्रह peut être consultée : n°1, n°2.
Quelques images de la pièce sur flickr → Satyagraha, सत्याग्रह.
Toute l'histoire en images sur flickr: : n°1.

La Satyagraha (du Sanskrit सत्याग्रह) ou « étreinte de la vérité » (satya = vérité, agraha = saisie) est le principe de non-violence par la désobéissance civile que Mohandas Karamchand Gandhi a instauré. Que sont devenues les valeurs de Gandhi aujourd'hui ? Quel monde voulons-nous construire. Se film ne donne pas de leçon, il n'explique pas, il ouvre un espace sensible et y glisse la question.

by Tim Terhaar, flaherty nyc presents global revolt cinematic ammunition, janvier 2014

A brief, terrifying film. Glitchy, hell-colored footage of mob actions, voice-overs of Indian men and women speaking about the necessity of hatred and violence in a post-Gandhi India." flaherty nyc presents global revolt: cinematic ammunition : everything i remember and want to tell you... http://www.tinymixtapes.com/features/flaherty-nyc...

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par Ludovic Lamant, Les événements de Montreuil me font parler de Gandhi. Propos recueillis et retranscrits par Pierre Lascar pour mediapart : Flashball et rafale d’images, décembre 2009

Une vidéo par jour. A partir du 10 décembre 2009 et jusqu’au 20 janvier 2010, sur Mediapart, une quarantaine d’artistes (réalisateurs, graphistes, plasticiens…) présenteront un court film inspiré par les actes de violences policières et les ravages du flashball. Un travail exceptionnel, initié par Nicole Brenez et Nathalie Hubert, peu après la répression d’une manifestation à Montreuil, en juillet 2009, au cours de laquelle un homme de 34 ans a perdu un oeil.

Jacques Perconte est l’auteur de Satyagraha, au sein du film collectif ‟Outrage & Rebellion”.

Pourquoi Gandhi?
L’idée est venue de mon amie qui est professeure de yoga. Les principes de Gandhi et la non-violence me sont apparus pertinents. Gandhi a su donner aux hommes qui l’attendaient une force inouà¯e. Une force telle qu’il leur a été possible d’aller affronter pacifiquement l’armée britannique pour sauver leur avenir parce que leur vie n’était plus possible dans les conditions imposées par le régime colonial.

Un affrontement pacifique?
Les Indiens marchaient impassiblement, droit vers les militaires qui barraient le passage. Ils avançaient et s’exposaient sans aucune résistance aux violences démesurées de la force à laquelle ils s’opposaient. Gandhi, lors de son procès à Ahmedabad, demande au juge de peser son choix. Soit il l’estime innocent et il démissionne et ce faisant refuse le système qu’il sert. Soit il le reconnaît coupable et le condamne. Et Gandhi demande que cette condamnation soit sévère parce qu’elle est l’expression du mal et qu’elle doit être exemplaire à ce titre. Gandhi prône la non-coopération avec le mal pour la coopération avec le bien.

Extrait du discours de Gandhi à Ahmedabad, en mars 1922 : ‟A mon humble avis, la non-coopération avec le mal est un devoir tout autant que la coopération avec le bien. Seulement, autrefois, la non-coopération consistait délibérément à user de violence envers celui qui faisait le mal. J’ai voulu montrer que la non-coopération violente ne faisait qu’augmenter le mal et, le mal ne se maintenant que par la violence, qu’il fallait, si nous ne voulions pas encourager le mal, nous abstenir de toute violence.”
‟La non-violence demande qu’on se soumette volontairement à la peine encourue pour ne pas avoir coopéré avec le mal. Je suis donc ici prêt à me soumettre d’un coeur joyeux au châtiment le plus sévère qui puisse m’être infligé pour ce qui est selon la loi un crime délibéré et qui me paraît à moi le premier devoir du citoyen. Juge, vous n’avez pas le droit, il vous faut démissionner et cesser ainsi de vous associer au mal si vous considérez que la loi que vous êtes chargé d’administrer est mauvaise et qu’en réalité je suis innocent, ou m’infliger la peine la plus sévère si vous croyez que le système et la loi que vous devez appliquer sont bons pour le peuple et que mon activité par conséquent est pernicieuse pour le bien public.”

J’ai trouvé dans la figure de Gandhi de nombreux liens avec les événements de Montreuil. La manifestation, la violence, la répression, l’injustice, l’engagement résistant et l’engagement du corps… J’ai eu envie d’écrire cela dans un film sans opposer l’Inde de Gandhi et le mode de mobilisation contemporaine.

D’où viennent les images et les voix?
J’étais en Corse lorsque j’ai commencé à travailler sur le sujet. Je me suis rendu à plusieurs reprises dans un cybercafé pour récupérer des sources sur internet. Toutes les images proviennent des archives de la Gandhi Serve Foundation. Elles sont toutes à l’origine des images tournées en pellicule en noir et blanc. Quant aux voix, elles viennent d’un documentaire de Lalit Vachani, Sur les traces de Gandhi, qui s’interroge sur la place des idées de Gandhi dans l’Inde d’aujourd’hui. On y entend que dans le contexte actuel, Gandhi brandirait une arme. Beaucoup d’Indiens y disent que la bonté ne vaut plus le coup, que les idéaux de Gandhi n’ont plus cours aujourd’hui et qu’il faut adapter la vérité à son profit. Et répondre à la violence par la violence.

Je ne voulais surtout pas faire un film qui dise ‟Voilà comment est le monde et voilà comment j’y réponds”. Je voulais laisser chacun face à ses responsabilités. Mais peut-être la vraie résistance est-elle dans une modulation de nos relations à l’autre. On ne sait pas trop si je dis ‟Révoltez-vous!” ou ‟Engagez-vous dans la non-violence”. Gandhi dit ‟Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde”…

Et le traitement des images?
La dimension picturale est très importante dans mon cinéma. Je ne voulais pas d’un ton documentaire. Mais plutôt de l’évocation d’un passé sous la forme d’un rêve, d’un souvenir. Un souvenir où les images se fondent les unes dans les autres. Les plans ne sont pas séparés les uns des autres. J’ai cassé les séparations physiques entre les images et les ai mises bout à bout.

Le mouvement des pixels que l’on voit tout au long du film est obtenu en forçant l’erreur numérique, ce qui produit un déchirement des images les unes entre elles, une interpénétration d’images. Les scènes n’étant plus contenues dans les plans (les séparations ont disparu), elles se déversent les unes dans les suivantes. On peut y voir le symbole de la blessure. Il me semble qu’il existe un rapport fort entre les hommes, les mouvements et la matière symbolisée par les artefacts numériques. La forme du film a un rapport direct avec l’idée de violence, de mouvement, de masses, de foules.

L’idée d’un film collectif renoue avec la tradition d’un certain cinéma engagé. Mais c’est aussi un film de commande. L’auriez-vous tourné seul?
Je ne sais pas si j’aurais fait un film s’il n’y avait pas eu l’impulsion de Nicole Brenez. D’un autre côté, j’avais envie depuis un moment de faire avancer mes films et de trouver comment m’exprimer sur cette société.

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Par Gabrielle Reiner, Satyagraha de Jacques Perconte

Le réalisme n’est qu’un code. Le travail de Jacques Perconte poursuit cette question des normes et de ses leurres avec le réel. À partir d’images 16 mm. noir et blanc récupérées sur internet, le cinéaste fait apparaître la matière numérique éminemment colorée de la « toile ». Cet intermédiaire mis à nu crée, d’un point de vue figuratif, une image « irréaliste ». L’artiste « remet en cause les codes et les usages des langages informatiques. »2 Son film Satyagraha narre de façon réflexive une histoire politique du cinéma qui s’étend aujourd’hui à toute image en mouvement.

Le film est dédicacé à Joachim Gatti, à l’appel immédiat de Nicole Brenez à la suite de ce qu’on a appelé « les événements de Montreuil » du 8 juillet 2009. Ce « manifeste visuel » répond à un événement politique. Comment Jacques Perconte réfléchit-il dans son film au devenir de la notion de création en art et comment cet art fait-il écho à des événements politiques ?

L’artiste focalise sa pratique artistique sur un montage en dialogue polyphonique et polysémique avec les œuvres d’origine, qui sont des séquences de pellicule 16 mm. noir et blanc, représentant pour la plupart des manifestations pour l’indépendance de l’Inde avant l’assassinat de Gandhi. Ces plans de nature « journalistique » proviennent des archives de la Gandhi Serve Foundation. L’artiste les a récupérés sur internet en les important sur un banc de montage virtuel sans passer par le « refilmage ».

À travers cette « récupération », Perconte fait apparaître une colorimétrie inattendue et rappelle que les plans en noir et blanc en numérique n’existent pas. Cette difficulté inhérente au média d’obtenir un « vrai » noir et blanc devient l’enjeu créateur du film . À ce travail particulier de « colorisation », le cinéaste associe une pratique de compression des images qu’il pousse à son maximum. L’image n’est « pas la plus nette possible », mais « la plus condensée possible ». « Des bugs surgissent et sont sublimés »3, explique-t-il. Les images se mélangent entre elles et tissent de nouvelles impressions allant jusqu’à faire apparaître la matière numérique, le pixel, au détriment de la représentation figurative. Figure et texture s’emmêlent. Le chromatisme déborde, la figuration est dépassée pour révéler un média polychrome.

La « polychromie » des images associées à cette pratique du bug débouche sur une crise perceptive. Si l’œuvre se construit à partir de l’ancien, cet « ancien » est aussi « relu » pour y insuffler un souffle de vie inédit : ces images réaffirment l’engagement de Gandhi comme ultra-actuel. La critique politique dialogue avec celle du conditionnement optique, emblématiques l’une et l’autre de « l’esclavage capitaliste » rappelant que le cinéma est un média dominé par la société… Perconte s’interroge : « Que sont devenues les valeurs de Gandhi aujourd'hui ? Quel monde voulons-nous construire ? »4L’auteur invite à ne pas oublier les préceptes de cet homme autant dirigeant politique que philosophe.

La « relecture » critique du passé devient enjeu esthétique et politique. Le potentiel plastique de la répétition est multiple et induit une catharsis méditative.

L’art est-il impuissant face à la politique ? Perconte affirme le contraire en proposant de suivre les théories de Gandhi sur la non-violence. Le cinéaste s’explique :

« Ce film ne donne pas de leçon, il n'explique pas, il ouvre un espace sensible et y glisse la question. »5Ce qui justifie aussi le titre de l’œuvre : satyagraha signifiant « étreinte de la vérité »6, principe de non-violence par la « désobéissance civile » prôné par Gandhi.

Un croisement se tisse entre engagement politique, social et plus largement humain à travers une œuvre d’art qui interpelle. Face à l’indécision dominante et au choc du réel, le film se présente comme réflexif : il évoque l’explosion de la violence policière, l’indécision face à de telles tragédies. L’œuvre interroge le devenir de manière multiple : le devenir des idéaux de Gandhi, leur représentation par les médias de l’époque tout comme le devenir de ces images chez le spectateur (en attaquant une perception passive). C’est pourquoi le cinéaste a choisi de finir son film sur une citation de Gandhi qui résume sa proposition d’un art politique : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

La pratique individualiste devient un engagement emblématique. L’œuvre élaborée au sein du Collectif Outrage et Rébellion est loin de l’« épuisement formel » et de l’impuissance dans l’action des artistes révolutionnaires7; il s’agit ici d’une démarche transversale, aussi épanouissante que positive.

1 Cette sous-partie a eu comme origine la communication suivante : Gabrielle REINER, « Satyagraha de Jacques Perconte : du found footage comme outil d’élaboration d’une plasticité critique des images en mouvement », communication dans le cadre de la journée d’étude Créer sans nouveauté : l’art et la politique aujourd’hui, Florian Gaité et Pauline Colonna d’Istria (dir.), Université de Paris X, Paris, 14, 28 mars et 11 avril 2011.

2 Nicole BRENEZ, « L’Objection visuelle » in, Le Cinéma critique. De l’argentique au numérique, voies et formes de l’objection visuelle, op. cit., p. 21.

3 Jacques PERCONTE, « Notes sur Satyagraha » in, Images, notes et mouvements (blog du cinéaste). [En ligne], URL : <http://www.technart.net/Satyagraha>

4 Ibid.

5 Ibid.

6 Du sanskrit, स?याग्रह, satya signifiant vérité et agraha, saisie.(Cf. Ibid.)

7 Tel le cinéaste Holger Meins, choisissant la clandestinité, devenant membre de la Fraction Armée Rouge (RAF) et abandonnant la création artistique pour mourir dans la prison de Wittlich des suites d’une grève de la faim à trente-trois ans à peine…

Diffusions, expositions (beta) :

  • 2017 : Le 24 mai à 10h, rencontre et table ronde "Composition sonore et film d'art expérimental" avec Bidhan Jacobs et moi, Collège d'Espagne et à la MSH Paris Nord, Paris, fr
  • 2015 : Samedi 28 mars à 15h, au forum des images Bidhan Jacobs, Sathyagraha, clôture du mois du cinéma expérimental, Paris, fr
  • 2015 : Le 6 février à 19h30, Soleils : cinquième séance du cycle soleils, La rage l'amour, Cinémathèque française, Paris, fr
  • 2015 : Du 5 au 12 février 2015, Satyagraha est à Khoj : images without camera, avec le cjc, New Delhi, in
  • 2014 : Le 24 fevrier, satyagraha est au Flaherty Night at DocYard, Boston, usa
  • 2013 : Du 10 au 16 mars, quelques uns de mes films sont au festival Traverse Vidéo Musée d'art contemporain, Toulouse, fr
  • 2012 : Le 14 juin à 20h30 Satyagraha est projeté à la clef (5e arr.) à la Séance Spectrale du cjc, Paris
  • 2011 : Du 12 au 18 novembre Satyagraha est en sélection au 18ème Festival du cinéma Indépendant de Barcelone, Barcelone, Es
  • 2011 : Le 28 octobre, deux séances cartes blanche à la Cinémathèque Française, première de mon nouveau film impressions ! Paris, fr
  • 2011 : À écouter : Gabrielle Reiner sur satyagraha, le 14 mars, à l'université Paris X dans Créer sans nouveauté : l'art et la politique aujourd'hui
  • 2011 : March 3-13 : satyargaha @ rendez-vous with french cinema. The film society of lincoln center, New York, NY, USA
  • 2010 : Stayagraha est à voir et à revoir librement en ligne soit en vostf soit en vosten
  • 2010 : Le 3 juillet projections Paysages, Corps et Vibrations à 20h l'ETNA, Paris
  • 2010 : Le 11 juin à 19h au Festival Coté Court, Satyagraha, Cinéastes engagés, au Ciné 104, Pantin
  • 2010 : Le 27 février, Satyagraha sera projetté avec quelques autres films d'Outrage et Rebellion au 104 à Paris.
  • 2010 : Le 3 février, Satyagraha sera projetté avec quelques autres films d'Outrage et Rebellion aux Beaux arts de Paris
  • 2009 : Du 12 au 17 décembre, à Zagreb (Cr), première projection du film collectif OUTRAGE & REBELLION dont fait partie Satyagraha.
  • 2009 : OUTRAGE & REBELLION : du 10 décembre et jusqu'au 20 janvier, Flashball et rafale d'image : une vidéo par jour sur Mediapart
  • Cette pièce fait partie d'une série. La plupart du temps une série s'attache à un paysage, à une région. Il y a une certaine unité géographique.
    OUTRAGES & REBELLION
    * Il se peut qu'il y ait un mot de passe si le film n'est pas est encore fini ou en "exploitation", écrivez-moi, on ne sait jamais, je vous le passerai peut-être ;).
    ** Il me semble toujours utile de rappeler que ces images, ces vidéos, ces sons que vous trouvez ici sont des documents. Il exposent ce que les pièces représentent. Mais ils ne donnent pas accès à sa véritable expérience. Rien ne vaut, si elle vous plaisent, leur découverte in situ, en salle ou en exposition.

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    ;)