2026 (2021-), video ,
vidéo numérique monobande
48min, couleur, bande son originale, NS (3840x2304)
compressions dansantes de données vidéo, montées à la main
Distribution
Galeries/Musées
Réalisé avec le soutien de Normandie Impressionniste 2026, du Mondriaan Fonds, et du Musée Michel Ciry.
Dans À fleur de mer, Jacques Perconte explore les paysages de la côte d’Albâtre à travers les transformations de la matière vidéo. Un récif devient un champ de coquelicots ; l’herbe verte, rouge, puis jaune laisse place aux nuances ocres des falaises. Les fleurs persistent en taches rouges sur la roche, comme les traces d’un paysage dans un autre. Par la compression numérique, les formes et les couleurs se mêlent, révélant la proximité entre les milieux du littoral normand.
Je suis tombé amoureux de la Normandie il y a presque vingt ans. Depuis, je reviens filmer ses falaises, ses bois, ses fleurs et la mer, avec ce doux émerveillement que sa lumière fait naître en moi. Nourri dès l’enfance des teintes de Monet, mon regard suit les nuances de ces paysages et leur fragilité. J’explore et réinvente les mêmes techniques numériques depuis plus de vingt-cinq ans, comme un cuisinier attentif à ses produits et à leur préparation. Je fais les images pour aimer. Tout ce que l’on voit ici est filmé : la lumière, les fleurs et la mer portent le temps qui s’écoule devant la caméra. À fleur de mer invite à retrouver notre pleine présence, à laisser nos corps rejoindre le vivant, dans la beauté d’une nature qui me rappelle l’infini de nos vies et ma propre finitude.
À fleur de mer,
Je suis tombé amoureux de la Normandie il y a presque vingt ans, et depuis, je n'arrête pas d'y revenir.
Naturellement, mon regard a glissé sur les verts incroyables, en haut des falaises, le long de la crête, et sur les silex qui plongent dans l'eau.
Mon cœur a été nourri dès mes jeunes années des millions de teintes de Monet qui dansaient déjà comme des papillons à chaque clignement de cil, faisant glisser les lumières de mon imagination les unes au travers des autres.
C'est difficile de compter le nombre de paysages que j'ai vus depuis. Et s'il y a partout des endroits que je trouve merveilleux, aucun autre comme la Normandie ne fait naître en moi ce doux émerveillement. Parce qu'ici, j'en suis sûr, la lumière fait vivre des nuances qui n'existent nulle part ailleurs.
Je ne me lasse pas de revenir, de filmer les mêmes paysages, et de temps en temps, j'en découvre de nouveaux qui rejoignent la famille de mes images. Je considère les endroits qui me touchent comme de belles rencontres, et avec certains, je laisse le temps nouer de belles amitiés.
Les falaises paraissent fortes. Elles s'élèvent à plus de quatre-vingts mètres au-dessus des vagues, et des bois magnifiques s'y tiennent fiers. Mais la roche est calcaire, donc fragile. Les effondrements se succèdent. La clarté de la pierre striée de silex glisse peu à peu dans l'eau. Les verts et les bleus que peint le ciel deviennent laiteux, et démultiplient à l'infini les variations de température.
Si j'ai souvent recours, métaphoriquement, à la question de la cuisine, c'est aussi pour parler de ma technique. C'est parce qu'on y voit le geste. Et on peut comprendre qu'une des manières de faire s'attache à la qualité des produits que l'on va utiliser, et à l'amour que l'on va donner dans la façon de les préparer. Mais c'est aussi pour parler de la destination du partage. Car beaucoup cuisinent pour aimer. Moi, je fais les images pour aimer.
J'explore et je réinvente les mêmes techniques depuis plus de vingt-cinq ans. Le numérique n'est pas immatériel. Je ne travaille pas comme un ingénieur, mais comme un cuisinier. Je crois que les images, le plus souvent froides, sont de plus en plus faites pour nous éloigner de la nature. Elles ne devraient pas remplacer ce que nous détruisons. Elles ne devraient pas nous séparer encore plus du vivant. Je les désire autrement, comme une mécanique de résilience, un retour à l'instant, à notre pleine présence.
Tout ce que vos yeux reçoivent ici est filmé. Ce que ces images contiennent, c'est le temps qui s'écoule devant la caméra. On suit la lumière dans ses oscillations, dans ses sourires, on voit les fleurs virevolter en mer, et la mer tanguer avec le vent glissant sur les pétales saturés. Le temps est là, à chaque instant.
À fleur de mer, dansent ensemble les fleurs et le vent au bout de la crête, l'écume au pied des falaises. Des fleurs à fleur de mer, avec douceur, et la vigueur d'une nature que l'on aimerait savoir domestiquer. Mais dans son immense beauté, elle me rappelle sans cesse, dans son infini, l'infini de nos vies et ma propre finitude.
Quand on regarde la nature, quand on ouvre vraiment les yeux et qu'on laisse derrière nous le monde, la première chose qui s'efface, c'est ce monde de nous. Il laisse un espace ouvert pour que nos corps fusionnent avec tout ce qui les entoure. Et tant que nos esprits restent immobiles, nous ne sommes plus séparés du reste des choses. Le temps de cet instant, nous sommes vivants comme la fleur, l'abeille, l'arbre, l'oiseau. Et peut-être même comme la planète, le système solaire, l'univers.
In À fleur de mer, Jacques Perconte explores the landscapes of the Alabaster Coast through transformations of video imagery. A reef becomes a field of poppies; green, red, then yellow grass gives way to the ochre shades of the cliffs. Flowers linger as red patches on the rock, like traces of one landscape within another. Through digital compression, forms and colours intermingle, revealing the proximity of the different environments along the Normandy coast. Presented at Rouen railway station during the summer of 2026 as part of Normandie Impressionniste, the video continues a relationship with Normandy’s landscapes spanning almost twenty years.
À fleur de mer
I fell in love with Normandy almost twenty years ago, and ever since, I have kept coming back.
Naturally, my gaze drifted over the incredible greens at the top of the cliffs, along the ridge, and over the flint plunging into the water.
From my earliest years, my heart was nourished by Monet’s millions of hues, already dancing like butterflies with every blink of an eye, letting the lights of my imagination glide through one another.
It is difficult to count how many landscapes I have seen since. And although there are places everywhere that I find wonderful, nowhere else awakens in me the gentle wonder that Normandy does. Because here, I am certain, the light brings to life shades that exist nowhere else.
I never tire of returning, of filming the same landscapes, and from time to time I discover new ones that join the family of my images. I think of the places that move me as beautiful encounters, and with some, I let time weave beautiful friendships.
The cliffs seem strong. They rise more than eighty metres above the waves, with magnificent woods standing proudly upon them. But the rock is chalk, and therefore fragile. One collapse follows another. The brightness of the stone, streaked with flint, gradually slips into the water. The greens and blues painted by the sky become milky, endlessly multiplying the variations in temperature.
If I often turn to cooking as a metaphor, it is also a way of speaking about my technique. It is because we can see the gesture in it. And we can understand that one way of working centres on the quality of the ingredients we use, and on the love we put into preparing them. But it is also a way of speaking about what sharing is meant for. For many people cook to love. I make images to love.
I have been exploring and reinventing the same techniques for more than twenty-five years. Digital technology is not immaterial. I do not work like an engineer, but like a cook. I believe that images, so often cold, are increasingly made to distance us from nature. They should not replace what we destroy. They should not separate us still further from the living world. I wish for them to be otherwise, like a mechanism of resilience, a return to the moment, to our full presence.
Everything your eyes receive here has been filmed. What these images contain is the time that passes before the camera. We follow the light in its oscillations, in its smiles; we see flowers swirling at sea, and the sea rocking with the wind as it glides over the saturated petals. Time is there, at every instant.
À fleur de mer: flowers and wind dance together at the edge of the ridge, sea foam at the foot of the cliffs. Flowers at the sea’s surface, with gentleness and the vigour of a nature we would like to believe we know how to tame. But in its immense beauty, in its infinity, it constantly reminds me of the infinity of our lives and my own finitude.
When we look at nature, when we truly open our eyes and leave the world behind, the first thing to fade is this world of ours. It leaves an open space for our bodies to merge with everything around them. And as long as our minds remain still, we are no longer separate from the rest of things. For that moment, we are alive like the flower, the bee, the tree, the bird. And perhaps even like the planet, the solar system, the universe.
Ode à un territoire familier, Duhornay, Clémence
Images en mouvement, Robin, Fanny
La nature, c'est une force qui est simplement là" : Jacques Perconte, l’artiste qui filme la nature comme une force vivante en Normandie, Moiroud-Musillo, Marc
Le sacre du printemps, Bohan, Maud
Entretien avec Jacques Perconte, Bunel, Maryse
Ode à un territoire familier, Duhornay, Clémence
Ode à un territoire familier, Duhornay, Clémence
Cette pièce fait partie d'une série. La plupart du temps une série s'attache à un paysage, à une région. Il y a une certaine unité géographique.
Certains droits réservés, Jacques Perconte © et les producteurs mentionnés
Mais partagé avec amour.
;)